Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

voltaire

  • Des ONG à la corrida

    Deux papiers ont récemment retenu mon attention, dans des univers qui n’ont a priori rien en commun. Sauf que… Le premier fait l'éloge d'une ONG "Reporters d'espoirs", le second stigmatise les aficionados. Le lien : Voltaire et Rousseau… Le réalisme du premier, la candeur du second. Commentaire.

    "Reporters d'espoirs", un "commerce de bienfaits"

    D'un naturel peu enclin à croire au grand soir, l'espoir collectif, auquel j'ai adhéré un temps, m'est à présent aussi étranger que toutes les religions. J’observe avec circonspection les actions humanitaires, présumant que derrière la générosité se tapit quelque intérêt, doutant du postulat rousseauiste selon lequel l'homme serait naturellement bon pour lui préférer le voltairien "l'homme est un loup pour l'homme".

    Pour autant le manichéisme n'est pas de mise et sans adouber Rousseau, nombre de réalisations et d'inventions me font trouver chouettes les hommes : un maçon qui bosse bien, le viaduc de Millau, les inventeurs de la roue, du satellite, des antibiotiques, de l'ordinateur, en passant par le Flamenco, Staël, Nougaro... Bref la belle ouvrage, les avancées médicales et technologiques et l'art, me réconcilient avec mes semblables.

    Hélas la modernité ne s'accompagne pas d'une évolution des comportements de l'homo sapiens et je me place dans les pas de Voltaire quand il s'agit d'être contre les églises et les intolérances, contre la vertu "commerce de bienfaits" et pour l’indignation. De là à penser que ces reporters d'espoirs poursuivent au mieux quelque utopie généreuse et s'inscrivent dans un conformisme humanitaire rampant en se livrant à ce "commerce", il n'y a qu'un... sac de riz.

    La Corrida et les POP (Prescripteurs d'Opinions Parigots)

    C’est donc avec Voltaire que je me retrouve parfois dans les arènes de Nîmes, lui coiffé d'un Borsalino et moi d'un Panama... de riz. J'apprécie d'autant plus la corrida, allégorie de la vie (développé sur http://lapoulkiflisof.com), que nombre de vertueux, Jean-Jacques Val et Renaud Rousseau en tête, nous en expliquent le caractère sanguinaire et barbare. Pauvres erres qui perdent une occasion de la boucler et affirment par là leur arrogance culturelle et une flagrante incapacité à accepter la culture d'un peuple.

    Je pourrais développer et ne serais pas surpris d’être mis à l’index par la majorité de mes contemporains. 85,3 % des gens étrangers au midi et à l'Espagne condamnent la corrida (vrai-faux sondage -pléonasme- réalisé entre deux portes auprès de...). Phobie des enquêtes tous azimuts mise à part, ce rejet existe, sous une forme violente. Je le juge compréhensible quand il est le fruit de l'ignorance, inacceptable quand il est l'expression d'un mépris.

    Sus aux vertueux, toujours eux ! On les retrouve assez souvent chez les prescripteurs d'opinions parigots, chez les écolos, les Bobos…

     

  • Candide revisité

    Candide, Pangloss, Cunégonde, Martin et “la vieille” se retrouvèrent un jour sur une petite terre turque après bien des péripéties. Ils avaient suivi en cela les conseils d’un vieux sage autochtone qui ne voulait rien savoir des affaires publiques, ne s’informait jamais de ce qu’on faisait à Constantinople, se contentant d’y envoyer ses enfants vendre les produits du jardin qu’il cultivait avec eux.
    Sa devise : le travail.
    Le travail éloigne de nous trois maux : l’ennui, le vice et le besoin.

    Nos héros, nomades malgré eux, avaient connu jusqu’à ce jour des itinéraires pour le moins chaotiques, émaillés de circonstances cauchemardesques, sordides, dramatiques, extravagantes, tragiques.

    “La vieille” était la fille d’un pape transgresseur et précoce puisqu'il l'avait conçue à l'âge de quinze ans ! Elle avait connu en trois mois la pauvreté, l’esclavage, le viol quotidien sans escale, avait vu couper sa mère en quatre et avait failli mourir pestiférée. Elle en avait réchappé, après quoi elle s’était retrouvée prisonnière des russes qui avaient voulu la manger. Un imam les ayant convaincus de lui couper seulement une fesse, elle s’était retrouvée prostipute en Sibérie avec une seule fesse mais toujours amoureuse de la vie.

    Sur la petite terre turque, “La vieille” finit par s’occuper du linge de Cunégonde, de Candide et de Pangloss.

    Cunégonde, quant à elle, avait été violée par une horde de bulgares, par un juif et par des inquisiteurs en bande...

    Sur la petite terre turque, Cunégonde finit laide mais excellente pâtissière.

    Candide avait connu l’exclusion, les aventures et les désastres, les tremblements de terre... Chez les Indiens d’Amérique, il avait tué, croyant bien faire, deux singes dont deux jeunes filles s’étaient amourachées. Il s’était enrichi au Pérou puis avait tout perdu.

    Sur la petite terre turque, Candide, marié malgré lui à un gros thon, finit par cultiver son jardin.

    Pangloss, le philosophe, avait été pendu, puis disséqué par un chirurgien, roué de coups, il avait ramé aux galères. Pour autant, il considérait que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes…

    Sur la petite terre turque, Pangloss finit par admettre qu’en réalité il avait souffert et qu’il ne croyait pas à ce qu’il disait.

    Martin avait toujours été en proie à un malaise existentiel, convaincu que l’homme était fait pour vivre dans les convulsions de l’inquiétude ou bien dans la léthargie de l’ennui.

    Sur la petite terre turque, Martin se mit à son tour à travailler sans raisonner car c’était, se dit-il, le seul moyen de rendre la vie supportable.

    Réunis sur cette petite terre turque, ils se mirent donc tous au travail, chacun dans sa spécialité.

    Pangloss n’était pas mort car il pensait encore, c’était d’ailleurs son boulot. Et bien qu’il eût fait une croix sur son optimisme béat, il persistait à penser que tous les événements qui avaient précédé l’établissement de la bande à Candide sur la petite terre turque procédaient d'une logique admirable. Il s’étaient enchaînés naturellement, dans le meilleur des mondes. À preuve Candide. S'il n'avait pas été chassé à coups de pieds au cul après avoir flirté avec Cunégonde, s’il n’avait pas connu l’inquisition, s’il n’avait pas couru l’Amérique à pied, rejoint la Guyane d’où il avait pris un vol "Air Peut-Être" Cayenne-Quito, puis s'il n'avait pas perdu tous ses moutons au pays de l’Eldorado… il ne serait pas là, peinard, en train de manger des pistaches.

    Optimistes malgré ces épreuves inouïes, ils finirent tous par se trouver bien sur « leur » petite terre turque à s'arranger enfin avec la vie.

    Cayenne 2002/Montpellier 01/11/2006