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philosophie

  • Court éloge du Temps Long

    Le train fou de la modernité

      Dans les sociétés modernes, les gens courent, ne prennent pas le temps de prendre ce temps si précieux. On est dans la dictature de la vitesse de l’urgence, de l’immédiateté. Et le train fou des événements est amplifié jusqu’à l’overdose par la Presse. 

     Concomitamment, le culte de la compétitivité, de la croissance nous pousse au gaspillage. La terre, l’eau, le pétrole, l’énergie vont manquer et si nous ne réagissons pas ce sera la barbarie.

    Le progrès a mal tourné

      La richesse de notre modernité, adossée à la consommation et à une course en avant effrénée construit-elle du bonheur ?

      Pour exemple, le ratio de la richesse par habitant est de 1 au Zimbawe, contre 400 et des brouettes au Cathare. Et croyez-vous que les Catharis soient 400 fois plus heureux ?

      En quête de sens, faisons la chasse au gaspi et à la vitesse sans conscience! 

    Plaidoirie pour réintroduire le Temps Long

      Les africains ont une manière de parler avec les autres, de chanter. Les brésiliens, les plus humbles d'entre eux tout au moins, consacrent des heures à contempler le monde. C’est encore vrai chez les espagnols qui savent prendre le temps du bar. 

      Les Banques du Temps nées aux USA, en vogue au Chili, en Espagne, au Japon, proposent une alternative en temps de crise. Le concept : donner un peu de son temps et permettre aux habitants un échange en monnaie temps pour un environnement plus cohérent, plus humain.

      Le courant du Slow Time est certes une bien timide réponse, reste qu’il est la manifestation d’une prise de conscience.

      Ces peuples qui prennent le temps de la rencontre ont une intelligence de la vie dont nous sommes départis et les alternatives Banque du Temps et Slow Time, bien que marginales, font de la résistance au temps court.

      Le Temps Court tue, retrouvons, nous l'avons pratiqué dans le passé, l’art du calme et de la lenteur, du Slow Time, du Temps Long. 

      Se déconnecter des outils de communication, consacrer davantage de temps à l’essentiel, se libérer de l’avalanche de l’info en continue, prendre un verre de vin avec ses amis, est un modus vivendi que ne renierait pas Candide sur sa petite terre turque, après moultes péripéties.

     

     

  • PHILO-BUS

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    De Curepipe à Port Louis / Île Maurice

       De petite stature, mince, flanqué de lunettes qui lui mangent le visage, il a quelque chose de Ravi Shankar ou de Gandhi, un intello septuagénaire à l’air malicieux. Il me salue, s’installe à mes côtés dans le bus qui démarre de Curepipe en direction de Port Louis.

       Il m’aborde sous l’angle Canon, il a un 350D dont il est très content et se dit très chanceux de pouvoir être le nouveau propriétaire de mon 5D, il me donne le temps du trajet pour accepter son offre, contre quoi lui demandé-je amusé, contre mes remerciements et la grâce éternelle. Ne faut-il pas apprendre à donner et à recevoir, car c’est là le but de tout homme ? Il faut avoir un but et user de moyens appropriés pour y parvenir, sans demander l’impossible. Ainsi, sa demande de cadeau n’est-elle pas incongrue, il a envie de cet appareil photo et se donne les moyens de me convaincre avec ce dont il dispose : la parole.

       Je ferais œuvre humaniste si j’accédais à sa demande mais veux-je en savoir davantage sur sa mission sur terre ? Il ne me laisse pas le temps de répondre. Il explique que l’essentiel est vivre ; et vivre c’est être vivant, est-ce que je comprends ce qu’il veut dire ?

       Que ce soit à Maurice, à l’Université du Réduit, ou à New York, Paris, Amsterdam, Oslo, Tokyo et même Mexico, Il utilise, dit-il, des métaphores et des anecdotes pour étayer sa grande thèse sur les moyens à employer dans tous les domaines pour atteindre le but fixé.

       Ainsi en va-t-il pour la santé, là il emploie la métaphore de la brosse à dents : elle est nécessaire pour éviter la carie n’est-ce pas ? Eh bien malgré des soins quotidiens, qui peut dire qu’il va échapper à la carie ? Personne et cela pose le problème de l’incontrôlable, du hasard, vous comprenez ? Je me lave les dents plusieurs fois dans la journée pour, but affiché, prévenir le mal, et voilà que je suis quand même frappé par l’invincible carie. Conséquence : les moyens employés n’ont pas été suffisants et je ne peux agir sur le métabolisme…

       Ainsi en va-t-il avec la relation amoureuse. Vous n’ignorez sans doute pas que beaucoup d’hommes ont un penchant prononcé pour ce qui se passe au-dessous de leur nombril, eh bien, je vais vous raconter une histoire vraie qui prouve que les femmes sont plus intelligentes que les hommes et que la finalité recherchée ne s’est pas accompagnée des bons moyens. Je connais une femme mariée qui se trouvant dans un séminaire avec son patron a accepté un dîner avec lui. Il lui a dit d’emblée que son mari devait se payer du bon temps en son absence. Qu’en pensez-vous ? il a eu la sottise de dire cela, gageant que sa collaboratrice cèderait à ses avances par vengeance. Or que lui a-t-elle rétorqué ? Que son mari n’était pas dans sa tête et qu‘elle avait faim ! Lui en fut désarçonné évidemment et Gros-Jean comme devant. Et que dis-je par là ? Que ce type n’a pas usé des bons moyens pour parvenir à ses fins…

       Ainsi en va-t-il avec l’éducation. Pour un mariage, ma femme et moi avons offert aux mariés un autocuiseur au magnifique design. Or que croyez-vous que fut la réaction de la mariée ? Elle nous demanda à quoi cela servait, en réalité le local de la cuisine lui avait été interdit durant toute son enfance et jusqu’à ce jour synonyme d’indépendance, c’était le domaine réservé des employés. Elle prit conscience de ce manquement, résultat d’une éducation élitiste, donc partielle. Or, pour construire un être responsable et complet, il faut toucher à tout ou s’intéresser à tout. Le but, les moyens ! Ses parents de la haute société mauricienne avaient voulu la protéger pour en faire une femme privilégiée qui tienne son rang, ils en avaient fait un être bancal. Aujourd’hui, elle a corrigé le tir et oblige ses enfants à faire la vaisselle !

       Ainsi en va-t-il des voyages. Regardez ces touristes qui viennent sur nos plages à Grand Baie et ailleurs, au lieu de laisser leurs habitudes à la maison, ils les emmènent. Qui plus est, ils se déplacent en hordes souvent tapageuses. Or, le voyageur est discret, curieux de l’altérité, tourné vers le pays visité et prêt à s’imprégner des nouveautés, le voyageur se donne les moyens du vrai dépaysement, pas le touriste des tours operators.

       Ainsi en va-t-il de la modernité. Il faut se donner les moyens d’en apprécier les atouts. Il faut sans se lasser, savoir être surpris jusqu’à la fascination, l’éblouissement qu’offre la vie. Vous savez qu’on ne revit jamais les mêmes choses même si cela paraît de la répétition. Tenez, moi chaque jour, je suis amoureux de ma femme, chaque fois que je prends ma voiture je suis émerveillé et c’est ce qui manque à une jeunesse blasée qui ne sait pas apprécier la valeur des choses. Les jeunes avec leurs Iphones et téléphones portables consomment sans prendre un instant le temps de s’émerveiller de ces technologies. La vision de toute une génération, cela concerne aussi certains aînés, s’est appauvrie, et se prive d’un voyage aux surprises parfois indélébiles. La fin et les moyens dans tout ça ? Eh bien, on n’enseigne pas la philosophie à Maurice, c’est regrettable, la pensée permet de prendre de la distance et de réfléchir au sens des choses, d’en apprécier la valeur.

       Ainsi en va-t-il de l’intelligence. Voyez-vous Guy, je peux vous appeler Guy.. ? Ce qui manque le plus aux gens actuellement c’est l’intelligence, ils ne réfléchissent plus et doublent ce manquement d’un handicap : ils ne font pas preuve d’humilité, chez les photographes mauriciens par exemple, je cite cette activité parce que vous connaissez ce milieu, il est évident qu’aucun d’entre eux n’est capable de dire du bien de l’un de ses collègues. La finalité est pourtant bien de transmettre une image de qualité et ce n’est pas en méprisant l’autre qu’ils vont y parvenir, ils se positionnent alors dans une rivalité stérile, vous comprenez ?

       Ainsi en va-t-il de l’activité humaine. Il faut réfléchir à ce qui est bon, nécessaire et se donner les moyens pour être heureux, ainsi le travail ne doit pas être subi, aliénant, cela vous rappelle quelque-chose, je vous rassure je ne suis pas marxiste ! Votre président s’est fait engueuler par Martine Aubry à propos du « travailler plus longtemps » et de la retraite à 65 ans. Pour moi, travailler plus et plus longtemps, non ! C’est l’activité qui est nécessaire à l’homme et peu importe l’argent. Et moi, monsieur, je veux vivre, je vis, je bouge, malgré mon coude cassé, une opération grave il y a quelque temps, je vais de Curepipe à Phoenix toutes les semaines à vélo et je continue à être actif, j’apprends aux gens à penser, à réfléchir, à se prendre en charge.

       Il en a fait tout au long des 68 années écoulées, de la photo, du labo, de la pub, de la recherche scientifique, sociologique, il a beaucoup travaillé sur le sujet de la société mauricienne et les religions, écrit un bouquin d’ailleurs. Le bus passe devant une série de panneaux publicitaires. Là comme ailleurs, l’objectif commercial n’est que partiellement atteint tant les cibles sont différentes. Contrairement à ce qu’on dit ici et là, notamment chez vous en France où je me rends souvent, la pub ne manipule pas les gens en tout cas pas à Maurice, je vous assure pour l’avoir mesuré qu’elle ne marche pas sur les religieux, ils ont beau vanter les mérites d’un whisky, vous n’imaginez pas un musulman céder à l’insistante sollicitation. Son père qui était avocat l’avait obligé à étudier toutes les grandes religions. Le matérialisme, le spirituel, il a beaucoup réfléchi à ces deux pôles, aux valeurs aussi, celles qui font qu’un homme est un homme debout.

       A présent, il est membre d’un cercle de chercheurs et fait régulièrement des interventions à l’université, c’est pour cela qu’il a pris ce bus pour animer une réunion à Port Louis, il fait quelque chose pour les autres, il donne et reçoit, il va même donner le reste de son repas de midi à un jeune indigent, il me monte la gamelle et rit.

       Vous savez, vous l’aurez remarqué, j’aime parler avec les gens en toutes circonstances.

       Port Louis.Terminus

       Il me prend le bras à la descente du bus, je suis effondré, monsieur Guy, je n’ai pas réussi mon entreprise et les moyens employés pour arriver à mes fins on été bien médiocres puisque vous ne m’offrez pas votre 5D !

       Au fait, vous savez les outils, les appareils photos, c’est bien gentil mais ce qui compte c’est le regard, une bonne photo c’est surtout un regard avec pour corollaires la patience, la sensibilité, la curiosité. Peu importe votre 5D - que vous gardez, croyez que je m’en veux ! (ajoute-t-il d’un air complice) - ou un autre appareil, vous savez tout ça n’est-ce pas ? Et n’oubliez pas de m’envoyer votre regard sur votre Maurice !

       Il me quitte en courant dans la foule de la gare routière.

    PORT LOUIS le 31 mai 2010 

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  • Des ONG à la corrida

    Deux papiers ont récemment retenu mon attention, dans des univers qui n’ont a priori rien en commun. Sauf que… Le premier fait l'éloge d'une ONG "Reporters d'espoirs", le second stigmatise les aficionados. Le lien : Voltaire et Rousseau… Le réalisme du premier, la candeur du second. Commentaire.

    "Reporters d'espoirs", un "commerce de bienfaits"

    D'un naturel peu enclin à croire au grand soir, l'espoir collectif, auquel j'ai adhéré un temps, m'est à présent aussi étranger que toutes les religions. J’observe avec circonspection les actions humanitaires, présumant que derrière la générosité se tapit quelque intérêt, doutant du postulat rousseauiste selon lequel l'homme serait naturellement bon pour lui préférer le voltairien "l'homme est un loup pour l'homme".

    Pour autant le manichéisme n'est pas de mise et sans adouber Rousseau, nombre de réalisations et d'inventions me font trouver chouettes les hommes : un maçon qui bosse bien, le viaduc de Millau, les inventeurs de la roue, du satellite, des antibiotiques, de l'ordinateur, en passant par le Flamenco, Staël, Nougaro... Bref la belle ouvrage, les avancées médicales et technologiques et l'art, me réconcilient avec mes semblables.

    Hélas la modernité ne s'accompagne pas d'une évolution des comportements de l'homo sapiens et je me place dans les pas de Voltaire quand il s'agit d'être contre les églises et les intolérances, contre la vertu "commerce de bienfaits" et pour l’indignation. De là à penser que ces reporters d'espoirs poursuivent au mieux quelque utopie généreuse et s'inscrivent dans un conformisme humanitaire rampant en se livrant à ce "commerce", il n'y a qu'un... sac de riz.

    La Corrida et les POP (Prescripteurs d'Opinions Parigots)

    C’est donc avec Voltaire que je me retrouve parfois dans les arènes de Nîmes, lui coiffé d'un Borsalino et moi d'un Panama... de riz. J'apprécie d'autant plus la corrida, allégorie de la vie (développé sur http://lapoulkiflisof.com), que nombre de vertueux, Jean-Jacques Val et Renaud Rousseau en tête, nous en expliquent le caractère sanguinaire et barbare. Pauvres erres qui perdent une occasion de la boucler et affirment par là leur arrogance culturelle et une flagrante incapacité à accepter la culture d'un peuple.

    Je pourrais développer et ne serais pas surpris d’être mis à l’index par la majorité de mes contemporains. 85,3 % des gens étrangers au midi et à l'Espagne condamnent la corrida (vrai-faux sondage -pléonasme- réalisé entre deux portes auprès de...). Phobie des enquêtes tous azimuts mise à part, ce rejet existe, sous une forme violente. Je le juge compréhensible quand il est le fruit de l'ignorance, inacceptable quand il est l'expression d'un mépris.

    Sus aux vertueux, toujours eux ! On les retrouve assez souvent chez les prescripteurs d'opinions parigots, chez les écolos, les Bobos…