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RécitS

  • Le calendrier d'Air France

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    Elle animait son anatomie en chaloupant. Comment ne pas reluquer la superbe métisse à la peau claire quand elle traversa le hall de l’aéroport de Rochambeau à Cayenne. Plastique parfaite. InsolenteIrrésistible.

    « Une femme passa (…) agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, dans son oeil (…) la douceur qui fascine et le plaisir qui tue. » Rien à ajouter, merci Charles.

    Le poêle à bois enfumait la classe. Les belles images d’histoire Rossignol m’amusaient mais j’étais surtout fasciné par les affiches et les photographies couleurs grands formats du calendrier d’Air France, cadeaux de l'ami parisien Guy employé de la prestigieuse compagnie.

    À bord, ma voisine créole à la soixantaine bien pesée, arborait un « accastillage » généreux et clinquant. Je priai Dieu et Shiva pour que la belle Chabine croisée dans le hall vînt s’installer dans mon champ visuel.

    Les images Air France, estampillées d’un hippocampe ailé, trônaient sur des cimaises de fortune dans la petite classe perdue des hauts plateaux. Et les quatorze chérubins en prenaient plein les yeux.

    Un lagon à la Réunion, les Champs Elysées éclairées par les traces des phares et des stops pris en pause longe, un coucher de soleil sur la muraille de Chine. Elles nous disaient qu’ailleurs ce serait différent.

    Tout cela m’exaltait. Dehors le froid.

    L’instit, c’était mon père. Voyageur immobile, il atteignait ses Amériques en franchissant la colline d’en face et pouvait citer la capitale du Honduras, situer les Appalaches ou dessiner la planisphère sans avoir mis un pied hors de France.

    La vie s’annonçait facile, étrange, belle.

    L’hôtesse me sortit de ces pensées. Repas médiocre, un whisky, deux. Que va penser la voisine ? ¡ Vale, qué importa ! Ce putain d’avion était archi-complet, une bétaillère. Que sont mes premiers vols sur Air France devenus ? Je m’appliquai assidument à repérer la belle créature.

    Zoom avant suivi d'un panoramique depuis une superbe nuque féminine à portée d’un baiser, jusqu'au bout d'une jambe longue, ambrée, légèrement déportée, frôlant avec sensualité l'accoudoir. L'espoir ! Elle allait forcément se sentir observée, se retourner et me sourire et je l’épouserais sur le champ. Le commandant scellerai notre union céleste en qualité d’officier d’état civil et une hôtesse en Dior bleu serait notre témoin.

    Est-il de plus grande beauté que celle d’une femme ? Sa silhouette m’invita à rêver éveillé. Un troisième whisky aussi...

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    Une année, le calendrier ESSO effaça celui de « La plus belle compagnie du monde ». Les reproductions de toiles de maîtres remplacèrent les images exotiques. Je ne savais pas encore qu’il s’agissait des « Fauves ». Matisse, Derain, Vlaminck offraient une autre vision du monde, des arbres jaunes, des rouges saturés, un  graphisme épuré. Un choc.

    Des arbres jaunes ! La vie s’annonçait bizarre...

    Ma belle Chabine somnolait. Je l’épiai, ébauchai un croquis aux lignes serpentines. L'élève des hauts plateaux avait depuis des lustres perdu sa candeur, rejoint les rangs des adultes et s'était affranchi des classiques pour côtoyer les maîtres de l’art moderne.

    Je me souviens aujourd’hui de quelques affiches des années cinquante/soixante. Celle du toucan géant juché sur la passerelle d’un avion, celle aux couleurs chatoyantes représentant un mexicain indolent affublé d'un sombrero, ou cette autre dorée, figurant un bimoteur comme posé sur la palme d'un cocotier sur fond de coucher de soleil. Saint-Ex., dessine-moi une belle étrangère.

    Ma voisine joua de l'éventail tout en soliloquant puis me prit à témoin haut et fort, je feignis de l’écouter. Ta gueule Madame, vous me gâchez la fête !

    Mon père alignait volontiers les noms si exotiques des anciens comptoirs français de l’Inde : Pondichéry, Chandernagor, Mahé… J’étais alors suspendu à ses lèvres, subjugué par cet homme qui n’ayant jamais mis un pied hors de l’hexagone, connaissait le monde entier. Voyageur, il l’était à sa manière. Virtuellement, au-delà de son territoire. Physiquement, dans son canton qu’il ne cessait de parcourir, le plus souvent en quête d’un coin à champignons ou d’un meilleur coup de pêche dont il ne dévoilerait l’existence à personne, tel un Finlandais.

    Un coup d'oeil aux murs et je décollais du hameau. Destination  Pondichéry, Chandernagor, MahéBangkok, le Fuji-Yama, New-York, le Machu-Pichu, la Patagonie, Valparaíso, Wallis et Futuna, Zanzibar, Samarcande, Tegucigalpa, Paramaribo, le Popocatepetl, Grenade et Séville. Séville, sa Giralda et ses ruelles : chimères en tête, j’y flânerai plus tard avec Regina. 

    La tête entre ciel et terre, je revins au hameau de mon enfance et aux premiers émois. Je revis la nymphette de la petite classe qui un jour de printemps m’initia au kama-Sutra light à l’écart des censeurs. Je poursuivrai l’apprentissage en solo, dynamité par les images de Pin-up italiennes avec « du monde au balcon » et des starlettes américaines en bikinis. Frappadingue, obsédé par les poitrines avantageuses, j'arrachais subrepticement les pages sulfureuses de V Magazine, prisé par Guy. J'en avais fait à tort un voyageur au long cours. Il faut dire qu'il y mettait du coeur pour faire illusion quand il n'était que gestionnaire chez Air France. Adieu Marco Polo, Christophe Colomb, Vasco de Gama !
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    Je repris un whisky, fumai une cigarette « Cigarette et whisky et p’tites pépées », le nirvana. Ma Chabine de rêve me fixait. Soulevant l’ourlet de sa robe, elle m’invita à glisser à ses côtés, j’agis avec tact, elle voulut Venise et ce fut le bonheur.

    La dame créole se mit à exister à nouveau et je refis surface. La s..!

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    En 1967, Georges Mathieu avait à son tour décliné le monde  d’Air France en affiches. L’affiche allégorique de l’Amérique latine était éclaboussée de signes et de traits costauds sur un fond noir. A-t-elle été déterminante ? Quoi qu’il en fut, quelques vingt années plus tard, je partirai pour le Costa Rica sur les ailes de l’hippocampe et j'y travaillerai.

    Les souvenirs mêlent à présent les images d’Air France à celles prises au cours de mes voyages. Le vieil indien enturbanné : Air France à coup sûr. Le Chott El-Jérid : Canon. Du pont Rialto à Venise, de Budapest, de Bogota, de Barcelone, Séville ou d’Istambul, de la Réunion et de la Guyane, je ne sais plus qui est l'auteur de la photo stockée dans ma mémoire.

    Mon père s’est envolé bien trop tôt et la vie s’est avérée plus complexe que ne le laissaient présager les affiches de rêve de la compagnie nationale.

    On allait servir le petit-déjeuner, l’hôtesse parfumée réveilla mon Emmanuelle qui m’offrit instantanément un sourire craquant. Trop tard : le Commandant de bord annonçait Orly, le froid, la pluie. Je la suivis des yeux jusqu’au hall d’arrivée. Puis elle disparut en chaloupant, agile et noble, avec sa jambe de statue, mettant ainsi un terme à mes élucubrations d'une idylle aérienne, ignorant tout de mon rêve éveillé, des images d'Air France et du calendrier. 

    Cayenne 1998 / Montpellier 2010

               

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  • La photo présidentielle manquée aux Rencontres d’Arles 2016


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    Fouille à l’entrée des Ateliers pour cause de visite présidentielle. Mon intention n’est pas de filer le Président, je n’aime pas jouer le paparazzi. 

    Je tombe par hasard sur le pavillon où se trouve François Hollande, aperçois Hubert Védrine, l’autre Président, celui des Rencontres et un cortège d’officiels regardant un spectacle de danse. Je sors et soudain, des portes du pavillon, telles celles d’un toril, surgit l'escorte effervescente, avec à sa tête François Hollande et Sam Stourdzé, directeur des Rencontres.
    Je me trouve dans l’arène malgré moi. Au moment où je brandis mon Canon comme le torero agite sa muleta, un gardian me projette à deux mètres. Qu’importe. Durant le vol plané je fais une passe de cape de matador-photographe, à la volée bien sûr, et réalise la vraie photo ratée : floue, surexposée, minable. Le boîtier devenu étoffe
    de serge rouge frôle un Sam Stourdzé filiforme, déformé par le bougé, il me traverse le regard, agacé. Paradoxalement, les hautes lumières lui donnent un teint sombre et la bouteille d’eau qu’il tient dans la main est bien peu protocolaire. La même étoffe accroche un Hollande rond, souriant, élégant, costard sombre, solaire. Flou, noir mais solaire. 

    Le gardian métamorphosé en garde du corps s’excuse d’avoir été aussi brutal et deux minutes après, me permet de photographier le Président, si bien coiffé, qui prend congé, visiblement ravi de sa visite.

    Le Canon redevenu boîtier, capte une scène nette, contrastée, dynamique, brouillonne. Une photo dans la mêlée, prise au plus près des « huiles » : Hervé Schiavetti, maire d’Arles, aux anges, et le Préfet de Région un tantinet perplexe.

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    LES RENCONTRES d'ARLES / ART dans l'AIR 

     

     

  • L'Eden

    Il y a des amours, des images et des notions qui font partie intégrante de nous-mêmes dès la naissance ou dès les premiers questionnements sur le sens des choses de la vie. Ainsi en va-t-il avec l’idée que je me faisais et me fais encore de la notion et de sa représentation du paradis et de l’enfer.

    Nous entrons dans ce village catalan proche de la frontière, peu avant dix-neuf heures. En ce jour d’août torride, après un long voyage harassant. Nous faisons halte sur la place, il y règne une atmosphère rare, paradisiaque. Je peste et reproche à mon amie de briser ce miracle en téléphonant.

    Sous la frondaison d’un platane majestueux et sur les pas-de-portes des vieilles façades éblouissantes de chaux, des personnages prennent la pose, comme figés, sous une lumière crue d’Edward Hopper.

    Il y a là des hommes et des femmes de tous âges. Les hommes sont à la terrasse du café « L’Eden » et sirotent leur anisette, ils doivent causer football et toro... Assises sur des chaises posées sur le trottoir, des femmes d’âge mûr devisent sans doute du temps qu’il fait. A côté d’elles, des jeunes gens content fleurette en buvant un Coca Cola. À califourchon sur la marelle d’une fontaine éternelle ou sur des bancs, seuls ou en petits groupes, beaucoup restent muets, souriants et contemplatifs. Tous rayonnent d’équilibre et d’harmonie. Tous semblent s’abandonner au plaisir du temps présent.

    Aussitôt, léger comme l’air des lieux, l’oeil passé au papier-verre, j’ai le réflexe du photographe prompt à débusquer la bonne photo. Je suis attiré par la lumière chaude du tableau vivant, un cadeau pour le photographe. J’attends l’instant où la lumière fera une nouvelle incursion, révélant aussitôt la beauté inespérée d’une composition aux frontières de la photographie et de la peinture hyperréaliste. Tout est en place, je n’aurai plus qu’à déclencher pour posséder à tout jamais la trace de cette fraction de seconde de bonheur, d’équilibre et de paix.

    Tout à mon cadre, j‘ai négligé mon amie. J’ai beau balayer l’espace avec un autre regard, nulle trace, elle a disparu. Je panique, l’algarade de la veille sans doute… j’étais prévenu, au premier faux-pas, elle allait s’envoler, se barrer, remiser notre idylle au rayon des amours obsolètes.

    « Où donc est-elle partie? Mais qu´est-ce que je lui ai fait, mais qu´est-ce qui lui a pris, mais qu'est-ce qu'elle me reproche ? Lorsque je l'ai trompée, elle l'a jamais appris, c'est pas elle qui s'approche, où est-elle Nom de Dieu ? »

    Dans une rue qui court derrière la place, je finis par observer une file de gens qui se presse et ondule comme un anaconda. Dans la colonne bizarroïde et tumultueuse, j’entrevois la nuque d’une femme. Ça y est, je la vois. « Attends-moi, je t´aime ! » C’est bien elle qui serpente avec la foule en direction d’un échafaudage adossé à un mur. Je m’approche. Des échelles, des paliers, comme dans West Side Story, répétés à l’infini, se dressent jusqu’au ciel. La horde bruyante entame l’escalade, téléphone collé à l’oreille, dans un vacarme de ferraille de marches déglinguées.

    Puisqu’elle grimpe aussi, je la suis, pas le choix, elle croit pouvoir me perdre dans cette folle ascension vers le ciel, vers l'empire des dieux.

    En moins de deux, miracle, me voici au premier des paliers. Effrayé, saisi de vertige, je peste et la maudis. Que suis-je venu faire dans cette galère ? Avec ces fous, sur cette passerelle en ferraille aux garde-fous branlants, je pourrais glisser à tout moment ! J’ai perdu mon amie des yeux.

    Je gravis la seconde échelle, plus effrayé encore. Redescendre ? impossible ! Ce serait affronter la foule processionnaire. Je suis emporté par le courant humain, ahuri mais contraint de poursuivre le manège sur l’échafaudage grouillant de bipèdes grégaires et imbéciles, courant vers le néant. Tous se collent le téléphone à l'oreille ou tapent sur le clavier du smartphone. Les nazes, qui sont ces tarés ? Agents immobiliers, notaires et hommes politiques en tête passent des ordres, prennent leurs quartiers privés, comme s’ils se trouvaient seuls, dans l'intimité, tout entiers tournés vers leur écran, hermétiques à ce maelström.

    Sûr, ils vont déraper et chuter. Moi qui cours après mon amie, je ne suis pas là en train de téléphoner, je suis convaincu de ne pas me casser la bobine malgré un vertige grandissant, c’est impossible, je ne vais pas glisser, ma cause est noble, c’est ma garantie sur la vie, oui c’est vital, sincère, courageux, c’est ça : con mais courageux, héroïque même. « Où est-elle nom de Dieu ? »

    J’ai l'horreur du vide, suis ulcéré par les primates qui me dépassent en grognant dans leur téléphone et en passant encore des ordres de vente et des consignes imbéciles ou en tapant des SMS en veux-tu, en voilà… Je parviens ainsi au quatrième palier. « Ne craignez rien monsieur ! » Un type à visage humain, sans téléphone s’enquiert de mon état, me donne la main. Un type civilisé parmi ces sauvages. Par bonheur, je ne suis donc pas seul à me retrouver là, dans ce délire ascensionnel, comme moi, d’autres marchent la tête haute, sans téléphone greffé à l’oreille comme ces doux-dingues. Eux sont sympas pourquoi aurais-je peur, ils m’entourent, me protègent et vont m'aider à retrouver mon amie. « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter. » a écrit Marguerite Duras.

    La vue est imprenable et qu’importe où on va, c’est le chemin qui compte. C’est périlleux mais exaltant que dis-je, étonnant, singulier. J’imagine le slogan d’un tour-operator « Escapade aux Portes du Ciel, oubliez vos ennuis et le stress, venez gravir les degrés du paradis, vue plongeante sur le Canigou et frissons garantis ! »

    J’aperçois enfin les épaules de mon amie, elle se trouve sur les marches qui conduisent au cinquième palier. Elle grimpe avec un type à ses côtés, je zoome, elle n’a pas de téléphone, zut ce n’est pas elle ! Cette femme a répondu à mon regard inquisiteur par un coup d'oeil troublant, le magnétisme féminin opère par le truchement de ses yeux… Je poursuis l’ascension avec plus de vigueur, avale les marches quatre-à-quatre et parviens à sa hauteur si j’ose dire.

    Lui, son compagnon ou mari, à bout de souffle, s’effondre soudain et c’est la chute, sourde, funeste. Sa femme, subitement veuve, est superbe, elle me sourit, et nous évoluons comme deux funambules vers l'empire des dieux.

    Coup de foudre au septième ciel. Elle ne savait pas comment se débarrasser de son mec qui s’est éclaté vingt ou quarante mètres plus bas, paix à son âme, elle en est immédiatement soulagée. Elle me sourit de toutes ses dents, je voudrais la serrer fort et lui dire « je t'aime » et prie le Ciel pour que mon amie connaisse le sort de son mec.

    Elle me confie d’emblée s’être ennuyée dans son couple-confort-villa-dîners-Costa Brava, elle aurait voulu être Florence Artaud, navigatrice, remporter la Route du Rhum au grand dam des Peyron qu'elle détestait, avec une arrivée triomphale dans le port du Gosier en Guadeloupe. Sa grande beauté et son ambition sportive me fascinent. J’aurais aimé être pilote, French Doctor en Ouganda au milieu des combats ou bien l’étoile d’un match de foot, Garincha ou Kopa une fois. Je remonte tout le terrain en dribblant, me joue de la défense et finis par marquer le but dans une pirouette incroyable d’audace en neutralisant le goal comme un torero anesthésie le toro. Elle est en admiration devant mes exploits virtuels. Elle est mon héroïne et je suis son héros.

    Je me souviens alors de ces films où les protagonistes embarqués dans des aventures glauques et périlleuses, vivent de folles amours.

    « Escapade aux Portes du Ciel... » Sauf que le slogan ne dit pas que seules les âmes bien trempées et les héros jouiraient de la promesse de purification, tandis que les méchants seraient précipités en enfer.

    La grande confiance en soi, l’élégance très séduisante de ma nouvelle compagne et mon génie de footballeur nous garantissent toutes les joies du ciel. Avec les Iphobes, nous parvenons sur le toit, échappons à la vague funeste qui précipite tous les corrompus, accros du portable, agents immobiliers, notaires et politiques en tête et autres pervers-narcissiques, doux-pêcheurs consommateurs et adeptes du temps court vers un toboggan. Tous comme un ils s’y collent, glissant jusqu’aux enfers.

    Dieu, alerté sans doute par mon ex-amie, regrettant la rupture, jalouse de ma nouvelle conquête, a-t-il soudain revu la cotation de mon âme à la baisse ? Le fait est que je trébuche à mon tour, adieu le Salut, adieu ma Belle, inaccessible étoile ! Emporté à mon tour, je vais m’écrouler moi aussi en enfer, j’en ai des haut-le-cœur et visionne ma chute funeste au ralenti.

    Je frémis, une sueur visqueuse mouille mon front. Je suis pétrifié, je suis mort. Mort de fatigue pour avoir mal dormi mais vivant par je ne sais quel miracle. Celui de l’amour qui cette nuit m’a fait côtoyer l’horreur et connaître le jardin des délices, l’Eden.

     

                                                                                                                                                       Baillargues, 8 juin 2008 - Guzargues 1015