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réunion

  • Si bleu, l'Océan

     

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       Ce lundi matin, il le portait sur sa mine chafouine. Il jeta un regard d’impuissance de son balcon sur les fourmis processionnaires qui lui avaient gâché son petit-déj.

    Si après quelques cinquante années de coexistence avec la communauté des vivants, il avait depuis bien longtemps perdu ses illusions, ne croyait ni en Dieu, ni en Sarko, il s’employait cependant à saisir l’insolite, la fantaisie du quotidien, la lumière, la beauté, tel un chasseur d’images, fût-ce un lundi. 

    L’humanité laborieuse des Hauts se répandait à la queue leu-leu sur la route en colimaçons dévalant sur St Denis, et lui avec. Heureusement en contre-bas, les flamboyants et l’océan, si bleu. Bleu outremer au loin, puis vert bouteille, émeraude, vert-brun, plus loin ourlé d’écume. 

    Fourmi contemplative parmi les fourmis, mais fourmi avec eux, tous comme un ! Dès potron-minet ils sont tous à se singulariser dans leur berline, à bousiller leur jardin. Des nains d'un jardin luxuriant ! Et lui, un albatros : ses ailes de géant l'empêchent de voler… C’est une marque des hommes que de gâcher tous les paradis. La faute au pêcher originel. Il en était venu à pester à voix haute, l’île était en sursis, on allait l’asphyxier. Qu’allait-il rester de ce vert paradis ? Nada. Morte terre. Chaos.

    Cet entracte le mettait cependant dans de bonnes dispositions, la vie sous les tropiques, fallait pas bouder la chance.

    Il poussa avec entrain la porte du bureau, deux de ses collègues "cultureux" discouraient à voix basse, avec grand sérieux. Le sujet devait être important, la réflexion intellectuelle. Il en perçut quelques bribes "Mi dis à ou, la tantine ça lé un cafrine do fé !" 

     Ça lui aurait bien allé que ces chargés de mission divine eussent disserté de Leconte de Lisle, de Madame Desbassayns, d'Isabelle Hoareau, de Daniel Waro, de Vergés, et même de la Buse, ou d’un thème important quoi, de la Maison des Civilisations ou du bordel amer qu'est le Canal Bichiques ! Au lieu de cela, ils en étaient à "moukater", à papoter "bouche allongée".

    Adieu l’accord majeur. En ce lundi matin, c'était au tour des ronds de cuir maison  de lui gâcher la fête. Heureusement, l'Océan si bleu, puis vert bouteille, émeraude, vert-brun, plus loin ourlé d’écume. "Poète, prends ton luth et me donne un baiser". 

    *Je te le dis, elle a le feu aux fesses la Cafrine ! (Réunionnaise d'origine africaine ou malgache)

     
    La Montagne/Réunion/2007 - Montpellier/2010

     

  • La Boulangère de La Nouvelle

    Nouvelle...

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    Nul doute, elle venait bien du midi de la France, de Nîmes précisément. Elle avait transformé la petite case du cirque, faisant office de boulangerie pour les villageois et de salon de thé pour les randonneurs, en une case coquette, de celles qu'on peut voir du Pays Basque au Brésil, des Pays Bas à la Réunion avec ses petits rideaux vichy aux fenêtres et ses napperons sur les tables. Mais n’allez pas croire que la drôlesse ne veillait qu’à ce petit intérieur. Sitôt qu’on le pénétrait, cet intérieur, on n’avait d’yeux que pour elle, ses cheveux de la ville, traités d’un élégant auburn aux reflets moirés flamme. Ses paupières aux longs cils. Sa taille fine qui s’élargissait sur un bassin frétillant... Bref, c’était une beauté citadine, perdue au fond du fond de Mafate, une Bernadette Lafont qui chantonnait, une clope dans une main, l’autre main arrangeant tantôt un bouquet sur une table, tantôt une mèche folle sur son front haut. Car elle avait du front la Bernadette, du répondant, de la verve. C’est qu’elle avait un certain âge, quarante, cinquante ans ? Comment le savoir ? Il ne paraissait pas, sauf la pointe de malice du " holà bijou, j'suis pas née de la dernière pluie ! "

    Un coup d’œil par-dessus son épaule et, derrière le comptoir en bois sombre, on apercevait son homme, le boulanger. Un type simple, un boug' natif du cirque, probablement. Visage hâlé, parole courte, il pétrissait. La belle et la bête ? Non, il n’était pas bête, un brin bestial mais pas idiot, simple, ce qui est très différent. Même le torse nu devant le four à bois, il semblait habillé par elle.

    J’ai connu la même femme, peintre à Pézenas, potière dans les Cévennes, dans un bar à Montpellier, à la Feria de Nîmes ? J'ai même croisé la vraie Bernadette Lafont lors de mondanités cinématographiques. Ici, notre Bernadette, ce n'est pas la Croisette qu'elle avait investie mais La Nouvelle dans le trou de Mafate, si loin des fastes de Cannes. Elle s’attablait pour faire les comptes, affichant un air ténébreux. Toujours. Un bouleversement de plus pour le boulanger, elle lui faisait sa gestion carrée. Ils allaient pouvoir transformer la boutique très bientôt.

    Certes elle ne montrait pas ses jambes Bernadette, sans doute fuselées. Dans la vasque géante du cirque de Mafate, ce n’était qu’elle. D’ailleurs il ne me fut pas nécessaire de mater ses gambettes pour tomber raide. Je l’ai vue à chacune de mes virées dans le cirque, appelant à chaque fois son regard. En vain ? Allez savoir. Je ne le saurai pas et ne pourrai plus le savoir jamais.

    Un jour maudit où elle partait faire les emplettes de la semaine à Saint Denis, ville qu’elle aurait dû toujours fuir comme elle l'avait fait en quittant Nîmes, elle périt dans l’hélicoptère fracassé contre l’immense paroi rocheuse dominant le village de La Nouvelle. Le boulanger était sur la terrasse, à la regarder s’envoler, il sentait encore son parfum affolant. Il est donc devenu fou, hurlant devant les fumées qui montaient d’un trou dans la montagne.

    Les gens de la Nouvelle se sont mis à faire leur pain eux-mêmes, pendant de longs mois. A présent, si vous faites une rando à Mafate, allez donc acheter une baguette chez le boulanger voir comment il s’est remis à la tâche. On dit que la nuit, la Bernadette revient, mais il n’en dira jamais rien. On murmure qu'il passe des nuits incroyables et au matin, ses yeux cernés, son air satisfait, inquiètent les villageois. Est-il vraiment sorti de son douloureux deuil ? Son regard étrangement jubilateur lui donne un air équivoque, suspect. Bien sûr, il a repris femme pour rassurer le monde, mais la nuit, son corps, son âme, si l’âme existe, son esprit doivent jouer encore avec sa Bernadette qui l’a lâché un matin dans l’accident de l’hélico. Et il ne viendrait à l'idée de personne de le questionner, d'ailleurs quand il pétrit, il affiche un air ténébreux...


    St Denis 2007/Montpellier 2009 

     


  • Désemtubages cathotiques

    Le film « Désemtubages cathotiques » projeté en mars, dans le cadre du Forum Social Alternatif à St Paul de La Réunion, fut à juste titre qualifié de pamphlet par le représentant d’un quotidien réunionnais qui eut le courage d’être présent, tout comme le rédacteur en chef de « Témoignages ».

    Le débat qui a suivi la projection ne fut pas inintéressant mais il esquiva - à dessein ?- la réelle liberté de la presse, les dérives de l’info-spectacle, y-compris locale...
    Or, le film fait apparaître qu’enjeux et objectifs de la presse sont étroitement liés à ceux des annonceurs qui les font vivre.

    Conséquence, rentabilité oblige, on procède au traitement vite fait et à bon marché, de l’info. C’est l'avènement du scoop, de l’annonce sensationnelle et les dérives qui s’en suivent. De l’avalanche de Nouvelles du JT, au Talk- show qui discrédite les hommes politiques qui s’y frottent, jusqu’à la Une provocatrice d’un quotidien régional de ce samedi 31 mars. Le télescopage du titre principal « Sexe sans complexe » avec « Le Piton de la Fournaise en éruption » est du meilleur effet, du grand art (involontaire ?) de communication.

    Nous serions ciblés (conditionnel de précaution journalistique) comme des consommateurs, traités comme des moutons, manipulés. C’est ce que montre et démontre, sans conditionnel, le film qui nous invite à résister.

    Subsistent quelques journaux qui ont encore une liberté et une ligne éditoriale de qualité. Lesquels ? Le Canard Enchaîné et ?
    Alternative, radicale celle-là, l’émergence de nouveaux médias Audiovisuels comme TV créole ou ZALEA TV dont Anne Mazauric, sa cofondatrice, nous a dit combien les instances dirigeantes leur… feraient des misères. Rien n’est sûr mais nous aurions quelque raison de le croire !