02.05.2009
La Boulangère de La Nouvelle
Nouvelle...

Sans doute venait-elle du midi de la France, d'une ville, de Nîmes..? Elle avait transformé la petite case du cirque, faisant boulangerie pour les villageois et salon de thé pour les randonneurs, en une case coquette, de celles qu'on peut voir du Pays Basque au Brésil, des Pays Bas à la Réunion avec ses petits rideaux vichy aux fenêtres et ses napperons sur les tables. Mais n’allez pas croire que la drôlesse ne veillait qu’à ce petit intérieur. Sitôt qu’on le pénétrait, cet intérieur, on n’avait d’yeux que pour elle, ses cheveux de la ville, traités d’un élégant auburn aux reflets moirés flamme. Ses paupières aux longs cils. Sa taille fine qui s’élargissait sur un bassin frétillant... Bref, c’était une beauté citadine, perdue au fond du fond de Mafate, une Bernadette Lafont qui chantonnait, une clope dans une main, l’autre main arrangeant tantôt un bouquet sur une table, tantôt une mèche folle sur son front haut. Car elle avait du front la Bernadette, du répondant, de la verve. C’est qu’elle avait un certain âge, 40, 50 ans ? Comment le savoir ? Il ne paraissait pas, sauf la pointe de malice, le "je suis pas tombée avec le dernier cyclone".
Un coup d’œil par-dessus son épaule et, derrière le comptoir en bois sombre, on apercevait son homme, le boulanger. Un type simple, un boug' natif du cirque, probablement. Visage hâlé, parole courte, il pétrissait. La belle et la bête ? Non, il n’était pas bête, mais simple, ce qui est très différent. Même le torse nu devant le four à bois, il semblait habillé par elle.
J’ai connu la même femme, peintre à Pézenas, potière dans les Cévennes ? Ou quoi encore ? À l'Art Café à Montpellier ? À la Feria de Nîmes, au Cadre Noir à St Denis lors d’un vernissage ? J'ai même croisé la vraie Bernadette Lafont lors de mondanités cinématographiques.
Ici, Bernadette, ce n'est pas la Croisette qu'elle avait investie mais La Nouvelle dans le trou de Mafate, si loin des fastes de Cannes. Elle s’attablait pour faire les comptes, affichant un air ténébreux. Toujours. Un bouleversement de plus pour le boulanger, elle lui faisait sa gestion carrée. Ils allaient pouvoir transformer la boutique très bientôt.
Certes elle ne montrait pas ses jambes Bernadette, sans doute fuselées, mais à mes yeux, autour d'elle dans le rayon de plusieurs kilomètres du cirque de Mafate, ce n’était qu’elle. D’ailleurs il ne me fut pas nécessaire de mater les gambettes de la boulangère pour tomber raide. Je l’ai vue à chacune de mes virées dans le cirque, appelant à chaque fois son regard. En vain ? Allez savoir… Je ne le saurai pas et ne pourrai plus le savoir jamais...
Un jour maudit où elle partait faire les emplettes de la semaine à Saint Denis, ville qu’elle aurait dû toujours fuir comme elle l'avait fait en quittant Nîmes, sa ville. Elle périt dans l’hélicoptère fracassé contre l’immense paroi rocheuse dominant le village de La Nouvelle. Le boulanger était sur la terrasse, à la regarder s’envoler, il sentait encore son parfum affolant. Il est donc devenu fou, hurlant devant les fumées qui montaient d’un trou dans la montagne.
Les gens de la Nouvelle se sont mis à faire leur pain eux-mêmes, pendant de longs mois.
A présent, si vous faites une rando à Mafate, allez donc acheter une baguette chez le boulanger voir comment il s’est remis à la tâche. On dit que la nuit, la boulangère revient, mais il n’en dira jamais rien. On murmure qu'il passe des nuits incroyables et au matin, ses yeux cernés, son air satisfait, inquiètent ses proches voisins. Est-il vraiment sorti de son douloureux deuil ? Louche, il l’est, avec ce regard étrangement jubilateur ! Bien sûr, il a repris femme pour rassurer le monde, mais la nuit, son corps, son âme, si l’âme existe, son esprit doivent jouer encore avec sa Bernadette qui l’a lâché un matin dans l’accident de l’hélico. Et il ne viendrait à l'idée de personne de le questionner, d'ailleurs quand il pétrit, il affiche un air ténébreux...
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20.01.2009
Le Nouvel Obs
Le Nouvel Obs
Le Nouvel Obs, c’était autre chose qu’un magazine : un objet familier, rassurant qui avait fini par occuper une place nécessaire dans sa vie, un rendez-vous attendu, obligé, chaque semaine depuis, depuis ? Depuis les numéros au format du magazine du début, celui des années Pompidou et Chaban. Le Nouvel Observateur qu’on n’appelait pas encore le Nouvel Obs ou l’Obs, signait un statut social, on se sentait mieux chez qui traînait sur la table du salon l’Obs de la semaine, comme à la maison. D’ailleurs, il en avait essuyé des ricanements venus des plus radicaux de ses amis : « un canard de Bobo, des articles illisibles par les gens ordinaires, un mag élitiste, ah elle est belle la gauche Propriétés et Châteaux ! »
Il ne savait pas si c’était le magazine qui était à son image ou l’inverse, en tout cas il y voyait une vraie correspondance, un télescopage heureux. Il en attaquait la lecture avec un rituel immuable qu’une hiérarchie déterminée conduisait de la parole de Jean Daniel, à la plume de Robert Franck, des articles de société d’Yvon le Vaillant aux pages culture, sautant les pages économie, survolant toujours la rubrique mode de Mariella Righini. Longtemps, le journal s’ouvrit tout seul, offrant à son impatiente curiosité la chronique de Françoise Giroud.
Lorsqu’il apprit son décès dans la moiteur d’un petit matin guyanais, ce fut spontanément qu’il envoya un mail à la rédaction de l'Obs. Spontanément, c’est dire guidé par l’émotion mais avec le désir d’écrire à hauteur de la personnalité de Françoise Giroud. Qui était-il pour s’essayer à faire entendre sa voix ? Qu’importe, il envoya son hommage, s’il le trouve à présent un brin pédant et lyrique, il en conçut quelque orgueil quand il le vit imprimé sur le numéro qui suivit, fiérot aussi du chapeau, jusqu’à la virgule, que le rédacteur lui avait emprunté : « Merci, Madame ».
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Ma radio a comme un défaut
Sur le thème de "On savait depuis guy Debord que la société du spectacle était en marche"...
Les journalistes d’une grande radio nationale en sont de purs produits qui interprètent tous les matins une pièce dont l'argument s'écrit avec l'actualité. Le premier d’entre eux nous crie sa suffisance, avec une « véhémence de camelot ».
Il règne en insolent personnage dont nul n’ignore sa vie, ses diplômes, son excellence affichée. Secondé en cela par une consoeur effrontée qui bafouille et se trompe souvent.
La revue de presse est quant à elle déclamée « à tue-tête, dernière syllabe chutant d’un ton qui vous transforme un journal radiophonique en une vraie/fausse comédie musicale ».
Autant de dérives et d’incongruités dénoncées à juste titre par Jean-Claude Guillebaud. « Ma radio a comme un défaut ».
11:27 Publié dans MédiaS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


